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Anthropométrie

Un bleu d’Yves Klein

La chanson du Mal-aimé

Ses regards laissaient une traîne /D’étoiles dans les soirs tremblants

Guillaume Apollinaire

Répulsion

Catherine Deneuve dans un film de Roman Polanski

Only love can break your heart

Une reprise de Neil Young

Le langage des fleurs

Une photographie de Karl Blossfeldt

Ennéade III, livre 5

L’amour est donc semblable à un taon ; indigent de sa nature, il reste toujours indigent, quelque chose qu’il obtienne; il ne saurait être rassasié.

Plotin

La dame à la licorne

Je dis, au contraire : la délicatesse est le plus grand des aphrodisiaques.

Yannick Haenel

Ligne 3

Une photographie de Sam Guelimi

Entre les stations Saint-Maur et Parmentier, la fille s’appelle Elizabeth – il l’apprendra plus tard lorsqu’ils sortiront à l’air libre. Elle allumera une cigarette avec le briquet qu’il lui tendra. Et l’écrasera aussitôt nerveusement : jamais elle ne saura ce qu’elle voudra. Raison pour laquelle, ils vivront dans les semaines suivantes une relation des plus indécidables.

Arrêt Bourse, rien n’ira, moral au plus bas. Il remarquera à peine sa forme au milieu d’autres qui s’entasseront dans la rame. Peut-être la fourrure tachetée lui fera songer à la bestialité des transports en commun ; combien la promiscuité rend les semblables inhumains – certains en profitent pour se frotter. Puis elle disparaîtra sans qu’il s’en aperçoive.

Ils échangeront un premier regard, le second sera plus appuyé, et au troisième, ils se souriront. Ne pouvant se résoudre à ce que les choses en restent là – Opéra, ô maudite correspondance -, elle trouvera un morceau de papier et l’audace d’y coucher au rouge à lèvres son numéro de téléphone. Il l’appellera dans les minutes qui suivront pour l’inviter à dîner le soir même.

Wagram où elle monte et photographiera cette jeune fille habillée comme une Anglaise, à la dérobée. L’épinglera dans la mémoire de son téléphone parmi une multitude d’émerveillements, sous le nom de Shirley.

Un texte de Dominique Ristori

La Recherche subjective

De toutes les tribus de mots qui s’élèvent en rangs serrés autour de moi, dont j’appelle la venue, celles qui me raptent au détour d’une phrase-lasso, qui exhument mes peuples enfouis me sont les plus chères.

Illusion que l’alignement des phrases dans la régularité des découpes des pages, illusion que l’immobilité de l’espace blanc et de ses graphèmes : tout dans le livre est mouvement, danse nue, strip tease de l’âme. Dérivant au fil des noms, je guette le moment où les mots viennent mordre mon corps. Posture d’abandon, j’écarte tout ce qui fait écran. Lire, c’est ouvrir ma bouche, mes sens, être délogée de moi, subir une rafale d’écriture qui me projette dans le grand dehors.

Longtemps, j’ai différé le rendez-vous avec La Recherche, préférant aux écritures florales, en arborescence faussement mondaine les griffures de feu, les révolutions formelles, la radicalité des mots qui déchirent riffs de Fender, la trinité infernale des défonces érotiques, des cocktails de stupéfiants et des envols dans la nuit rimbaldienne. Comme un long détour avant de me heurter à ce qui m’attendait, découpé en creux : les cristallisations de sensations et de pensées d’À la recherche du temps perdu.

Véronique Bergen

(suite…)

Jeune fille endormie

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Un tableau de Balthus