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Nous autres, victoriens

Mais il y a peut-être une autre raison qui rend pour nous si gratifiant de formuler en termes de répression les rapports du sexe et du pouvoir : ce qu’on pourrait appeler le bénéfice du locuteur. Si le sexe est réprimé, c’est-à-dire voué à la prohibition, à l’inexistence et au mutisme, le seul fait d’en parler, et de parler de sa répression, a comme une allure de transgression délibérée. Qui tient ce langage se met jusqu’à un certain point hors pouvoir ; il bouscule la loi ; il anticipe, tant soi peu, la liberté future. De là cette solennité avec laquelle aujourd’hui, on parle du sexe.

Michel Foucault

Plans par couleurs, grand nu

Une oeuvre de Frantisek Kupka

Trust me

Un film de Hal Hartley

Fassbinder, la mort en fanfare

La lecture de Berlin Alexanderplatz est la blessure de lycée qu’il chérira jusqu’à la fin, la blessure secrète où il s’enfouit pour effacer le monde. L’histoire de l’ancien cimentier et débardeur Franz Biberkopf, ex-assassin souteneur, le ravage de fond en comble, chaque lecture un peu plus, différemment, creuse de nouveaux sillons dans son dédale adolescent, le fouette d’affects inédits. Que cherche-t-il, que trouve-t-il dans le livre ? Franz Biberkopf est torpillé avec une crudité extrême, monstrueuse. C’est un combat en règle contre quelque chose qui vient du dehors, cette chose imprévisible qui ressemble à un destin. Haché menu, le gras maquereau un peu bête, un peu lent, mais surtout beaucoup trop bon, insupportablement gentil. Une première fois, vers 1960, le roman empêche l’adolescent Fassbinder de crever. La seconde, il s’aperçoit que sa vie entière est contenue dans le livre, goutte à goutte les lignes lui reversent dans la bouche sa souffrance et sa joie. Ce qu’il reconnaît, tapi en lui, tissu de tensions imprononçables, course sur la corde raide, c’est l’unité des trois personnages principaux : il est à la fois Franz Biberkopf, et son bourreau Reinhold, et Mieze, la petite assassinée de la forêt de Freienwalde. Franz a la parole de la mort dans la bouche et personne ne la lui arrachera, et il la fait tourner dans sa bouche, et c’est une pierre, une pierre de pierre, et aucune nourriture n’en jaillit. Nous voulons des livres, des films qui agissent sur nous comme des corps, mille fois mieux que des corps, comme des corps vivants qui nous font souffrir, des films qui soient comme la perte de quelqu’un qui serait plus que nous-mêmes (Mieze, oh Mieze). Nous voulons passionnément être massacrés, qu’un Reinhold nous jette d’une voiture lancée à pleine vitesse, qu’un Reinhold assassine notre seul amour. Voilà ce que nous réclamons à grand cri quand nous entrons dans une salle obscure : la fin du monde. Tout le temps. À chaque seconde. Partout.

Alban Lefranc

Agencement

Une photographie de Sam Guelimi

Tu me reproches de dormir avec toi, un inconnu. D’accord, j’aurais pu passer la nuit avec mon mari, mais je ne le connais pas plus que toi au fond. Alors, qu’est-ce que ça change?

Souvenir de Baie des anges

Ascenseur pour l’échafaud

Un film de Louis Malle

Faire l’amour

Mais moi aussi, je la regardais, Marie, je regardais son visage dans la lumière des lustres, et c’est vrai qu’elle était particulièrement belle ce matin dans l’offrande silencieuse de sa pâleur défaite.

Jean-Philippe Toussaint

Danaïde

Une oeuvre d'Auguste Rodin

Dead can dance

Sam,

Superbe le concert de Dead can dance hier soir, un grand moment, la voix de Lisa Gerrard, un sommet de puissance, a cappella ou sur des mélopées orientales ou des musiques planantes, une des plus belles voix de la scène rock alternatif, elle a une formation classique, technique des voix bulgares et invention de langue à elle,

concert hiératique, rituel païen, ambiance new age

Toutes les tribus gothiques de Belgique étaient là bien que Dead can dance soit de moins en moins gothique après 20 ans de scène…

J’ai failli avoir une crise d’hystérie et ai été malade d’angoisse les 40 premières minutes du concert quand jouait le groupe en première partie car j’étais placée en hauteur, au balcon avec Athane et 4 amis, d’où vue à pic sur la scène,

un tel vertige que j’ai dû m’allonger sur les marches, m’agripper à une amie Théa et m’enfoncer les ongles à sang dans la chair pour ne pas sauter dans le vide

l’enfer, j’ai vraiment eu la tentation de me jeter dans le vide, cinquante mètres plus bas car des bras m’attiraient, mes jambes flageolaient, je me désintégrais.

D’où bénéfice extra de ma pathologie, de mon acrophobie : Athane et moi nous nous sommes ruées à l’entracte, avant Dead can dance, dans la salle du bas (places plus chères et vendues en deux heures), la sécurité refusait de nous placer en bas, on a dû aller voir la responsable qui a refusé net, puis j’ai sorti un grand jeu de séduction auprès d’un type de la sécurité, lui disant que j’allais tomber dans le vide sur la tête des spectateurs,

d’où VICTOIRE on a eu deux places à cinq mètres de la scène !!!!

J’ai adoré poussé des cris de Cheyenne au milieu d’une foule déchaînée afin d’obtenir un bis,

ils nous ont congratulés de trois bis somptueux

Moment de rêve

 Je vais me plonger dans le roman d’Alban Lefranc, Fassbinder. La mort en fanfare. L’as-tu aimé ?

Oui, j’adore des moments de solitude, comme toi, moi et la lecture.

Véronique Bergen

Hérésie

Elle s’était peint les ongles avec du vernis Chen Yu, cette curieuse teinte de rouge décadent qui ressemble à du sang séché (le rouge le plus sexy qu’on ait jamais inventé, si caractéristique des années trente en Allemagne que Visconti demanda à Ingrid Thulin d’en mettre sur ses ongles dans Les Damnés), et elle s’éteint peint les lèvres de la même couleur.

Charles Willeford