Série noire
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Marie Trintignant regardant ailleurs

Marie Trintignant regardant ailleurs
Même Camilla avait aimé les mascarades, celles qui sont sans danger, où l’on peut laisser tomber le masque à ce moment critique où il se prend pour la réalité.
William Gaddis, Les reconnaissances
La jeune fille restait toujours avec sa bougie près de la porte ; autant que le vague de son regard permît de s’en rendre compte, elle semblait regarder K…
Franz Kafka
J’ai trouvé la définition du Beau, – de mon Beau. C’est quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjoncture. Je vais, si l’on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l’objet, par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c’est une tête qui fait rêver à la fois, – mais d’une manière confuse, – de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, – soit une idée contraire, c’est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associé avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau.
Charles Baudelaire
Il est vrai que la poussière satisfaite et les soucis dissociés du monde présent envahissent aussi les chambres : les chambres verrouillées n’en demeurent pas moins, dans le vide mental presque illimité, autant d’îlots où les figures de la vie se recomposent.
Georges Bataille, L’amour d’un être mortel
Leigh Ledare, Alma, 2012
Leigh Ledare, Mom as Baby Jane, 2005
Elle colla sa bouche fraîche à la mienne. Je fus dans un état d’intolérable joie. Quand sa langue lécha la mienne, ce fut si beau que j’aurai voulu ne plus vivre.
Georges Bataille, Le Bleu du ciel
Maintenant j’attends. Je m’impatiente un peu et j’attends avec une sorte d’exaltation intérieure et d’opiniâtreté, car j’ai envie de sa dangereuse douceur et d’être son amie dominée. J’ai envie de l’intérieur or et rouge et noir, et des petits divans dorés, j’ai envie de la grande cheminée et du massif de flamme que divise et anime un vent intérieur, j’ai envie d’elle, de sa voix chantante, de son sourire de perle et de ses chevilles trop minces qui doivent la faire chanceler dès qu’on l’entoure, qu’on l’enserre d’une étreinte ou d’un baiser. La neige augmente ma sensualité, ma tristesse, mon impatience.
Mireille Havet, Journal 1918-1919