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Salomé

Dans l’odeur perverse des parfums, dans l’atmosphère surchauffée de cette église, Salomé, le bras gauche étendu, en un geste de commandement, le bras droit replié, tenant à la hauteur du visage, un grand lotus, s’avance lentement sur les pointes, aux accords d’une guitare dont une femme accroupie pince les cordes.

J.-K. Huysmans

Le rêve de Botticelli

On est tenté de dire, à propos de certaines de ses figures féminines ou de certains de ses jeunes gens, qu’ils viennent juste de sortir d’un rêve pour s’éveiller à la conscience du monde extérieur ; et, bien qu’ils se tournent activement vers lui, les images du rêve hantent encore leur esprit.

Aby Warburg

La naissance de Vénus

Un tableau d’Odilon Redon

Two girls on couch

Une photographie de William Eggleston

Take Five

« Take Five  » c’est une pause de cinq minutes, un décrochement pur de cinq minutes, une parenthèse, un temps à soi, c’est un bon titre, et l’album lui même s’appelle Time Out, la pause, le temps mort, mais évidemment il n’est pas mort du tout ce temps, il est ouvert, il est complètement vivant, exacerbé.

Bertrand Schefer, Edwarda n°8

Françoise Sagan, 1956

Une photographie de Jean-Louis Sieff

Ryoanji no sekitei

Elle respire encore l’odeur de pierre laissée par ses mains dures et calleuses pendant qu’il la forçait. Se demande comment elle a pu suivre cet homme dans les collines hors de la ville. Quand il l’a abordée en plein lèche-vitrine, il paraissait tellement plus vieux qu’elle, bien quarante ans. Mais lui a offert un de ces gâteaux aux haricots rouges dont elle raffole. N’a su dire non. Sa voix était grave, marquait peu d’hésitations, la complimentant. Il connaissait un endroit où se trouvait un trésor, si elle voulait, pouvait l’y conduire. A eu envie de dire oui.

Dominique Ristori, Edwarda n°8

 

La reine de Nemi

Barbara prétend que le chiffre 5 est noble : austère, imprenable et tordu comme un château de Sicile. Elle aime sa cambrure d’escarpin, sa silhouette à la croupe inversée ; mais le 5 figure surtout, selon elle, un chiffre qui ne compte pas. Le 1, dit Barbara, c’est l’unité ; le 2,  à la fois la rencontre et le commencement du calcul (les chiffres pairs lui semblent faciles — et de mauvais goût) ; le 3 est beaucoup trop symbolique : la trinité, Dante, etc. ; le 4 : elle ne l’aime pas non plus, c’est un carré, les formes de la géométrie sont tristes, leur évidence n’accomplit rien. Le 5 : oui — c’est le premier chiffre à échapper aux figures, aux fonctions, aux symboles.

Yannick Haenel, Edwarda n°8, janvier 2013

La préface de Djamilia

Et voilà qu’ici , dans ce Paris orgueilleux, le Paris de Villon, de Hugo, de Baudelaire, le Paris des Rois et des Révolutions, le Paris séculaire des peintres, où chaque pierre rappelle une histoire ou une légende, où il y a eu tant d’amoureux, que, pour les citer, c’est comme dans la chanson, je ne sais lequel prendre…dans ce Paris qui a tout vu, tout lu, tout éprouvé, brusquement, ni Werther, ni Bérénice, ni Antoine et Cléopâtre, ni Manon Lescaut, ni L’éducation sentimentale ou Dominique ne me sont rien, parce que j’ai lu Djamilia, plus rien Roméo et Juliette, plus rien Paolo et Francesca, plus rien Hernani et Dona Sol…, parce que j’ai rencontré Danïiar et Djamilia, dans l’été de la troisième année de la guerre, dans cette nuit d’août 1943, quelque part dans la vallée du Kourkouréou, avec leurs chariots à grains, et l’enfant Seït qui raconte leur histoire.

Louis Aragon

Un héros de notre temps

Elle est mécontente d’elle-même ; elle s’accuse de froideur… C’est le premier triomphe, le plus important. Demain elle voudra me récompenser. Je connais tout cela par coeur : c’est là l’ennui.

Lermontov