Fiasco
—S’il entre un grain de passion dans le coeur, il entre un grain de fiasco possible.
Stendhal
S’il entre un grain de passion dans le coeur, il entre un grain de fiasco possible.
Stendhal
Un tableau de Mark Rothko
Mon premier choc a été celui de naître. Le second, celui de découvrir l’existence de la mort. Parlons ici de chocs qui durent, d’arrêts sur image. L’amour n’est peut-être qu’une surprise, une collision périssable. Le troisième survint lorsqu’entrant dans une pièce au MoMa de New York, je me retrouvais face à une immense toile de Marc Rothko. Vissée au sol, souffle scindé, un coup de pagaie dans l’estomac. J’avais toujours été sourde et j’entendais soudain de la musique. Je n’avais été qu’os et de la chair poussait sur moi. La grande main d’une joie terrible m’a saisie par la nuque et secouée comme un chaton aveugle. Une joie sans raison, une joie furieuse et imbécile. Je ne voyais pas la toile, je l’entendais. Et cette ritournelle : Color that speaks, color that speaks. J’étais demeurée, dans tous les sens du terme, plantée là comme un clou qui n’a plus de raison d’être ailleurs qu’à l’endroit où l’a enfoncé un coup de marteau. La couleur de ce jour-là perdure dans mes veines, comme celle du premier cri, comme celle du dernier. Quelques années plus tard, j’ai lu une phrase dans « L’arrêt de mort » de Blanchot. Le narrateur est au chevet de son amie mourante. Elle divague. Soudain, elle se dresse sur son lit et semble suivre quelque chose des yeux en hauteur dans la pièce, et prononce ces mots étranges : « Rose par excellence. »
J’ai repensé au tableau de Rothko.
Un texte de Georgina Tacou
Une photographie de Raphaël Lugassy
Le chien des voisins, perdu sur la plage, en pleine nuit. Eveillés par ses jappements assourdis par le vent, par le cri du maître, à la crête des vagues. L’obscurité était totale, seul le son de la battue solitaire, des bourrasques enroulées, évidées, retressées. J’entendis ensemble le bruit soudain de l’obturateur et une dernière plainte de l’animal, sans doute emporté par une lame. L’image révélée par une très longue pause d’exposition fit apparaître un guet sans issue. La voix du maître aussi, s’était tue.
Un texte de Georgina Tacou

Une oeuvre de Cécilia Jauniau
Depuis près de trois ans Edwarda tisse un lien de fidélité avec des écrivains qui partagent avec elle ce désir de réconcilier le corps et l’esprit. Elle a décidé de poursuivre plus avant la collaboration et de lancer une collection de livres, confiant à Mathieu Terence le soin de l’inaugurer. Chair philosophale qui est un recueil d’aphorismes à l’écriture aussi exigeante que sensuelle en est l’aboutissement et le premier, souhaitons-le, d’une longue série de beaux ouvrages tirés à 500 exemplaires numérotés.
Sam Guelimi
Je pense à l’épisode de Violence et Passion où Helmut Berger (drapé dans la fameuse peau de loup que le Fantôme croit avoir reconnue plus tard transformée en manteau), occupé au téléphone chez le professeur, reconnait un paysage peint. A cette expertise, il donne une explication hautement séductrice par sa négligence : un précédent protecteur devait en avoir accroché un lui aussi, du même peintre, près du téléphone. Culture de gigolo que je préférerai toujours à celle des hautes études.
Simon Libérati
Il n’y a rien d’assuré, rien de définitif dans cet univers. Tout est mouvement, tout est danse ; tout est triomphe et rapidité. Et pourtant quand je vous regarde jouer, couchée toute seule sur la terre dure, je commence à souhaiter d’être choisie ; d’être entraînée au loin par quelqu’un qui vient à ma recherche. Par quelqu’un qui est attiré par moi et qui ne peut se séparer de moi, mais qui se tient tout près quand je suis assise dans mon fauteuil doré, et que ma robe ondule à mes pieds comme une fleur. Et nous retirons dans un coin sombre (…).
Virginia Woolf