Raging Bull
—http://youtu.be/RVS-f8JABCc
Un film de Martin Scorcese
http://youtu.be/RVS-f8JABCc
Un film de Martin Scorcese
Elle -Julia Domna- mêle le sexe à l’esprit, et jamais l’esprit sans le sexe, mais jamais non plus le sexe dépourvu d’esprit. En Syrie, et encore jeune fille, elle couche à droite et à gauche, mais toujours avec des médecins, des politiques, des poètes. Elle se donne à des gens qui sont dans sa ligne à elle, sans s’occuper de leur ligne à eux.
Antonin Artaud
Extrait offert par S.H., un autre
Le matin tombe dans cette rue et je continue la marche dans le bourdonnement. Il va s’agir d’ une ville sans doute. Pour de nombreuses raisons encore confuses, inavouables déjà, peut-être.
Danielle Collobert
Extrait offert par H.C., un lecteur
Écuelle-moi
que
lapant lait
je vive en chat
le ballet des choses
pesanteur abolie.
Véronique Bergen
Et pourtant, pendant des décennies, des adolescents noirs s’étaient levés partout dans le pays pour crier : « Joe Louis ! » Avec ces trois syllabes dans la bouche, pour la première fois, nous n’avions plus honte, nous dressions la tête, nous levions les yeux. Quand la police demandait son nom à un adolescent, il répondait : « Joe Louis! » et un peu de la puissance du champion descendait soudain dans son corps, comme un café brûlant par un matin glacé.
Alban Lefranc
http://vimeo.com/23750116
Une oeuvre de Caroline Corbasson
Cardiaque
An 1563
La dissection des cadavres est interdite par l’Eglise, ainsi que la pratique de la médecine par les femmes. Alix dessine des organes humains tels qu’elle les imagine, les pressent. On l’accuse de sorcellerie, d’utiliser « l’œil de Satan » pour scruter l’intérieur du corps humain. Elle est très belle, trop. Cela suffit à la rendre suspecte. On la surprend déguisée en homme, à cueillir des herbes malignes. Les Punisseurs découvrent dans son tablier un petit coeur de lapin séché. Il n’en faut pas moins, à vingt ans et poussières, pour la condamner à la Question, à la torture, et au bûcher.
An 2013
Caroline, vingt deux ans, forge des mobiles en acier et laiton sur le schéma des veines du cœur, la couronne du réseau sanguin ; vaisseaux, veinules, aortes. Une planète suspendue aux arcs vacillants. Ce cœur littéral est comme le cœur figuré : solide, tangible, il bat, on sait qu’il existe. Mais on ne sait jamais de quel côté il va tourner.
Un texte de Georgina Tacou
Seule son imagination avait pris une direction malsaine. Quand les jours de la semaine, l’un après l’autre, avaient pesé de tout leur poids de plomb sur sa vie, ces charmes corrosifs entraient en action. Les souvenirs de ses visites composaient peu à peu une tentation d’une espèce particulière. Il découvrait en Bozena la victime d’une monstrueuse déchéance et dans ses rapports avec elle, les émotions qui leur étaient liées, une sorte de rite cruel qui eût exigé le sacrifice de lui-même. Ce qui le fascinait, c’était l’obligation d’abandonner tout ce qui l’emprisonnait d’ordinaire, ses privilèges, les pensées et les sentiments qu’on lui inoculait, tout ce qui l’étouffait sans rien lui apporter. Ce qui le fascinait, c’était de courir, nu, dépouillé de tout, chercher refuge auprès de cette créature.
Robert Musil
Renard- qui s’appelle aussi Aloïs, Axel et Lazare – est un esprit sauvage au sang doré, du beau sang de héros. Mais quelque chose agonise au dedans, d’enfermé, je l’entends. Ca enrage pour sortir, j’entends des pattes qui grattent, qui grattent. Des pattes rousses à gants noirs. Je sens la chlorophylle des arbres, mêlée de pollen, augmentée d’acier. Poussière. Cette chose qui remue veut rester à l’intérieur, mais il n’y a plus assez de place. Ca claque et feule, c’est en colère. J’entends cette chose qui s’éreinte, je sens son odeur, je la vois: débris d’or, fracturés, plomb en fusion, éclats, scories, geyser bouché de pierre ponce, cloque de soufre jetant des feux follets, stalagmites, friche, waste land, percé d’obus, troué d’ombrage par-ci, par-là, suffoquant d’ombre et de soleil.
Un texte de Georgina Tacou
Chers lecteurs,
Le numéro 8 d’Edwarda vous aura peut-être surpris. Elle qui jusqu’alors vous saisissait au premier regard par ses visages en couverture et vous séduisait ensuite, page après page, en effeuillant le corps des modèles, soignant les détails depuis les mains jusqu’aux chevilles ; s’oubliait pour finir sur un sein. Mais là, aucune image comme si elle avait choisi de se dérober.
Permettez moi de préciser le jeu auquel elle vous invite : le temps d’un numéro, il s’agit de vous laisser poser un bandeau sur les yeux et d’abandonner aux phrases le soin de l’incarnation. Des femmes à imaginer vous attendent derrière la porte si vous acceptez de tourner le bouton de celle-ci, à tâtons. Des femmes à caresser sur le papier qui est peut-être aussi délicat que la chair et comme elle, parfumé. Qui a dit, ouvrir les yeux, c’est ne pas sentir?
Sam Guelimi
La vérité de l’amour exige bien les violences sans merci de l’étreinte, mais elle n’ apparaît qu’ au hasard, dans la transparence du repos. L’ image qui me vient le plus à l’ esprit est celle d’ un lac, celle d’ un objet qui n’ est jamais isolable comme objet, car ses eaux s’écoulent et leur surface est le reflet du ciel, ses fonds vaseux lui prêtent la douceur invisible qui l’ attache à la profondeur d’ un sol suivant le long glissant de la planète , ses bords rocheux s’ effacent dans la luminosité des airs. Tout entière, la vérité de l’ amour est suspendue dans ces moments de calme où nous en perdons la limite.
Georges Bataille