Textes inédits

Semper Augustus

Apaiser ma colère. Fixer des instants. Vivre la couleur. Créer des goûts, des sensualités, des sensations inattendues. Les rêves effondrés, les mutilations de l’esprit et de la chair sont remis aux jours blancs. Ils ont démoli le présent, eh bien soit ! Je vais le reconstruire à ma façon, avec mes yeux, avec ma voix, avec mon cœur. Une langue nouvelle, une poésie qui trouve son rythme d’insurrection, des rencontres qui éclaircissent le ciel, des échappées belles, discrètes et fortuites hors des étouffements et des désordres idéologiques ‒ contre l’ennemi intérieur, aussi bien ; sinon, sclérose.

L’érotisme, son autorité, sa méthode, ne se distinguent pas de la contestation : c’est une victoire sur le charnier, une traversée inouïe ‒ une danse ‒, sur la corde qui passe au-dessus des précipices où, fragile, en voie d’équilibre, j’atteins parfois à ces états d’être irréprochables que sont l’élégance, la dignité et la grâce.

Ferdinand Gouzon

Images inversées

La femme vient de goûter au fruit de l’interdit et en donne à son mari qui se trouve auprès d’elle. Soudain, ils ouvrent les yeux ; se rendant compte de leur nudité, ils recouvrent leurs parties de feuilles de figuier. On connaît la suite : Dieu chasse Adam et Eve du jardin d’Eden. Adieu innocence, immortalité.

Dans sa célèbre gravure de 1504, Albrecht Dürer qui n’était pourtant pas enclin à la subversion mais à la mélancolie seulement, livre une version étonnante de cet épisode biblique. Au lieu de succomber à la séduction du serpent, la femme paraît au contraire le nourrir comme s’il s’agissait d’un pénis à stimuler. Et sur son visage, le plaisir n’est en rien dissimulé.

Le paradis perdu se confond alors avec la vision d’une sexualité sans culpabilité ni répression ; un paradis retrouvé où les amants n’éprouvent aucun manque à désirer.

Dominique Ristori