Lectures

Le rêve de Botticelli

On est tenté de dire, à propos de certaines de ses figures féminines ou de certains de ses jeunes gens, qu’ils viennent juste de sortir d’un rêve pour s’éveiller à la conscience du monde extérieur ; et, bien qu’ils se tournent activement vers lui, les images du rêve hantent encore leur esprit.

Aby Warburg

La préface de Djamilia

Et voilà qu’ici , dans ce Paris orgueilleux, le Paris de Villon, de Hugo, de Baudelaire, le Paris des Rois et des Révolutions, le Paris séculaire des peintres, où chaque pierre rappelle une histoire ou une légende, où il y a eu tant d’amoureux, que, pour les citer, c’est comme dans la chanson, je ne sais lequel prendre…dans ce Paris qui a tout vu, tout lu, tout éprouvé, brusquement, ni Werther, ni Bérénice, ni Antoine et Cléopâtre, ni Manon Lescaut, ni L’éducation sentimentale ou Dominique ne me sont rien, parce que j’ai lu Djamilia, plus rien Roméo et Juliette, plus rien Paolo et Francesca, plus rien Hernani et Dona Sol…, parce que j’ai rencontré Danïiar et Djamilia, dans l’été de la troisième année de la guerre, dans cette nuit d’août 1943, quelque part dans la vallée du Kourkouréou, avec leurs chariots à grains, et l’enfant Seït qui raconte leur histoire.

Louis Aragon

Un héros de notre temps

Elle est mécontente d’elle-même ; elle s’accuse de froideur… C’est le premier triomphe, le plus important. Demain elle voudra me récompenser. Je connais tout cela par coeur : c’est là l’ennui.

Lermontov

 

Erotisme

« S’il le faut, je puis dire dans l’érotisme: Je me perds. »

Georges Bataille

Erotisme

« De l’érotisme il est possible de dire qu’il est l’approbation de la vie jusqu’à la mort. »

Georges Bataille

La Chartreuse de Parme

– J’ai fait voeu à la Madone, comme tu sais, de ne jamais te voir ; c’est pourquoi je te reçois dans cette obscurité profonde. Je veux bien que tu saches que, si jamais tu me forçais à te regarder en plein jour, tout serait fini entre nous.

Stendhal

Description de filles

550. Ressemblance effrayante entre Bijou et Béatrice.

Francis Scott Fitzgerald

Lisbonne

Une photographie de Sam Guelimi

Je venais de pays prodigieux, de paysages plus beaux que la vie, mais de ces pays, je n’ai jamais parlé, et ces paysages vus seulement en songe, je ne les ai jamais évoqués. Mes pas étaient semblables aux leurs sur les parquets ou sur les dalles, mais mon coeur était loin, tout en battant bien près, maître fictif d’un corps exilé et étranger.

Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquilité

D’une façon générale, on peut distinguer en Europe trois formes de tristesse : russe, portugaise et hongroise.

Cioran

 

Marion

Ça revient au même, qu’on tire son plaisir des corps, des images du Christ, des fleurs ou des jouets d’enfant, c’est le même sentiment, et celui qui jouit le plus, prie le plus…

Georg Büchner, La mort de Danton

Georgia

Je ne dors pas Georgia/ Je lance des flèches dans la nuit Georgia/ J’attends Georgia/ Je pense Georgia/ Le feu est comme la neige Georgia/ La nuit est ma voisine Georgia/ J’écoute les bruits tous sans exception Georgia/ Je vois la fumée qui monte et qui fuit Georgia/ Je marche à pas de loups dans l’ombre Georgia/ Je cours voici la rue les faubourgs Georgia/ Voici une ville qui est la même/ et que je ne connais pas Georgia/ Je me hâte voici le vent Georgia/ et le froid silence et la peur Georgia/ Je fuis Georgia/ Je cours Georgia/ Les nuages sont bas ils vont tomber Georgia/ J’étends les bras Georgia/ Je ne ferme pas les yeux Georgia/ J’appelle Georgia/ Je crie Georgia/ Je t’appelle Georgia/ Est-ce que tu viendras Georgia/ Bientôt Georgia/ Georgia Georgia Georgia/ Georgia/ Je ne dors pas Georgia/ Je t’attends/ Georgia

Philippe Soupault