Lectures

Lèse-majesté

Par moi, l’on va dans la Cité dolente/ Par moi, l’on va dans l’éternelle douleur/ Par moi, l’on va chez la race perdue…

« La cité dolente » écrit-il…A propos de l’Enfer? ne pouvait-il rien trouver de mieux? C’est ma foi mal venu, et bien commun, ça…bien trop « pris dans la vie »…Moi aujourd’hui, je le dirais mieux! « Méta »! L’Enfer est, avant tout métaphysique. Lorsqu’on parle de l’Enfer, il faut choisir des mots qui sont en contradiction interne, afin d’y faire tenir l’élément de l’Indicible. Au lieu de Par moi, l’on va dans la Cité dolente, essayons donc quelque chose comme :

Par moi l’on va dans la Cité sans fond/ Eternité qui poursuit son abîme…

C’est mieux! Combien plus profond s’avère un tel Enfer qui s’abîme dans son propre gouffre…

Witold Gombrowicz à propos de Dante

 

Odalisque

Une peinture d’Henri Matisse

Le harem du sultan renferme seulement trente-trois cadines ou dames, parmi lesquelles trois seulement sont considérées comme favorites. Le reste des femmes du sérail sont des odaleuk ou femmes de chambre. L’Europe donne donc un sens impropre au terme dodalisque.

Gérard de Nerval, Voyage en Orient

La chanson du Mal-aimé

Ses regards laissaient une traîne /D’étoiles dans les soirs tremblants

Guillaume Apollinaire

Ennéade III, livre 5

L’amour est donc semblable à un taon ; indigent de sa nature, il reste toujours indigent, quelque chose qu’il obtienne; il ne saurait être rassasié.

Plotin

La dame à la licorne

Je dis, au contraire : la délicatesse est le plus grand des aphrodisiaques.

Yannick Haenel

Paulina 1880

Années 1874-75. Nous sommes au faîtes du bonheur de Paulina. Est-ce le bonheur? Tout est-il tranquille? C’est seulement quand « après », la tête sur la poitrine de son ami, elle entendait le battement de son coeur et en ressentait la chaleur avec le bruit sourd, charnel et puissant, que Paulina pouvait connaître enfin le sentiment de l’unité et la douceur.

Pierre Jean Jouve

Fastes

Un parfum restait, on pouvait dire qu’une déesse était apparue.

Ovide

Les fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les Lettres

On voit, à l’entrée du jardin de Tarbes, cet écriteau :

IL EST DEFENDU D’ENTRER DANS LE JARDIN AVEC DES ROSES A LA MAIN

On le trouve aussi de nos jours, à l’entrée de la littérature. Pourtant, il serait agréable de voir les filles de Tarbes (et les jeunes écrivains) porter une rose, un coquelicot, une gerbe de coquelicots.

Jean Paulhan

Nadja

Une certaine attitude en découle nécessairement à l’égard de la beauté, dont il est trop clair qu’elle n’a jamais été envisagée ici qu’à des fins passionnelles. Nullement statique, c’est-à-dire enfermée dans « son rêve de pierre », perdue pour l’homme dans l’ombre de  ces Odalisques, au fond de ces tragédies qui ne prétendent cerner qu’un seul jour, à peine moins dynamique, c’est-à-dire soumise à ce galop effréné après lequel n’a plus qu’à commencer effréné un autre galop, c’est-à-dire plus étourdie qu’un flocon dans la neige, c’est-à-dire résolue, de peur d’être mal étreinte, à ne se laisser jamais embrasser : ni dynamique, ni statique, la beauté je la vois comme je t’ai vue.

André Breton

Essais

Je ne peins pas l’être. Je peins le passage.

Montaigne