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La femme de trente ans

La jeune fille n’a qu’une coquetterie, et croit avoir tout dit quand elle a quitté son vêtement; mais la femme en a d’innombrables et se cache sous mille voiles; enfin elle caresse toutes les vanités, et la novice n’en flatte qu’une. Il s’émeut d’ailleurs des indécisions, des terreurs, des craintes, des troubles et des orages, chez la femme de trente ans, qui ne se rencontrent jamais dans l’amour d’une jeune fille.

Honoré de Balzac

L’âge d’homme

Le Tatouage

Or, un soir d’été de la quatrième année, passant devant le restaurant Hirasei, à Fukagawa, il avisa soudain, dépassant du store en tiges de bambou d’un palanquin arrêté devant la porte, un pied nu de femme d’une blancheur de neige. Pour un oeil aussi pénétrant que le sien, les pieds d’un être humain reflétaient autant que le visage tout un jeu d’expressions complexes ; et le pied de cette femme lui apparut comme un inestimable joyau de chair. La disposition harmonieuse des cinq orteils déployant leur délicat éventail depuis le pouce jusqu’au petit doigt, le rose des ongles qui ne le cédait en rien aux coquillages qu’on ramasse sur les plages d’Enoshima, l’arrondi du talon pareil à celui d une perle, la fraicheur lustrée d’une peau dont on pouvait se demander si une eau vive jaillissant entre les rochers ne venait pas inlassablement la baigner … oui, c’était bien là un pied qui sous peu piétinerait les mâles, et se gorgerait de leur sang vif ; et la femme à qui il appartenait lui paraissait bien être celle entre toutes qu’il s’épuisait à chercher depuis tant d’années. Réprimant l’émotion qui faisait battre son coeur, Seikichi, dans son désir d’apercevoir le visage de cette femme, se lança à la poursuite du palanquin ; mais après deux ou trois cents mètres, il ne le vit plus.

Junichirô Tanizaki

 

Indelibly Stamped (extrait)

Photo de Giasco Bertoli, Edwarda n°7

Les lèvres menteuses

Hippolyte fut à la fois déçu et soulagé d’apprendre qu’elle ne tenait pas de journal intime.

Gabriel Matzneff

Trois ors (suite)

Photo de Sam Guelimi, Edwarda 7

Garrel, solitude (extrait)

C’est la nuit toute la journée, avec elles.

Yannick Haenel

La musique de nos timidités, exposition de Sam Guelimi

Éva lisant Ferdinand Gouzon

Galerie Libertine du 19 avril au 15 juillet, Bruxelles

Trois ors (extrait)

Photo de Sam Guelimi, Edwarda 7

Edie

Lulu n’existe qu’au travers des désirs qu’elle allume chez les autres. Si elle n’a personne à aguicher, elle crève. Elle n’a qu’une preuve indirecte de son être : “je fais bander donc je suis”. Sa beauté, sa charge érotique, c’est de la dynamite. Un colis piégé, une bombe sexuelle. Sur sa poitrine, on devrait tatouer un panneau “attention, danger”. Le seul os sur lequel Lulu va tomber c’est Jack l’Éventreur, le tueur maniaque, le surineur de prostituées. Il nettoie, purge Londres des plus belles filles publiques, des chiennes les plus lascives. C’est un obsédé de la pureté qui débarrasse la terre de la femme tentatrice, de la femme-serpent. Danse, Lulu, danse. Tes rires de peur et d’extase, aucune lame de couteau ne peut les transpercer.

Véronique Bergen