blog

Paolo Uccello

Le Christ de Londres

Septimus s’adresse à vous, comme les oiseaux se sont adressés à lui ; il vous parle dans la langue des annonciations. Écoutez Septimus, ouvrez vos oreilles aux messagers : vous entendrez chanter les nuances. Le monde à venir est composé de phrases qui vous ouvrent un chemin. La vérité s’épanouit comme des fleurs en feu. Le buisson doit être traversé. Ce centre mystique, ce point d’extase qui s’abrite en vous, quel nom lui donner ? La dernière phrase de Mrs Dalloway est une question : « Qu’est-ce qui me remplit de cette extraordinaire émotion ? »

Yannick Haenel

Veronika

Photo de Giasco Bertoli

Images inversées

La femme vient de goûter au fruit de l’interdit et en donne à son mari qui se trouve auprès d’elle. Soudain, ils ouvrent les yeux ; se rendant compte de leur nudité, ils recouvrent leurs parties de feuilles de figuier. On connaît la suite : Dieu chasse Adam et Eve du jardin d’Eden. Adieu innocence, immortalité.

Dans sa célèbre gravure de 1504, Albrecht Dürer qui n’était pourtant pas enclin à la subversion mais à la mélancolie seulement, livre une version étonnante de cet épisode biblique. Au lieu de succomber à la séduction du serpent, la femme paraît au contraire le nourrir comme s’il s’agissait d’un pénis à stimuler. Et sur son visage, le plaisir n’est en rien dissimulé.

Le paradis perdu se confond alors avec la vision d’une sexualité sans culpabilité ni répression ; un paradis retrouvé où les amants n’éprouvent aucun manque à désirer.

Dominique Ristori

Fragment de rêves

« Ses yeux étaient remplis de jaune et de lavande, jaune pour le soleil à travers les stores jaunes et lavande pour la couette, gonflée comme un nuage flottant mollement sur le lit. Soudain elle se souvint de son rendez-vous et, les bras jaillissant de la couverture, elle enfila un négligé violet, rejeta sa chevelure en arrière dans un mouvement circulaire de la tête et fondit dans la couleur de la pièce. »

Fitzgerald cité par Sollers dans Discours Parfait

L’étreinte invisible

Photo de Sam Guelimi

Sweet peas

Photo de Giasco Bertoli

Je vois le feu (extrait)

À l’intérieur de ma tête, mes pensées sont disposées dans des chambres. Je les visite, chaque nuit, comme un loup. De chambre en chambre, je rôde.

(…)

Dans la chambre SAUTER PAR LA FENÊTRE, j’ai rendez-vous avec une femme. Je lui ai envoyé un vers d’une poétesse anglaise : « L’art de me foudroyer moi-même de mélodie ».

Je cherche la chambre, j’avance les yeux fermés, guidé par la sonorité du vers : « L’art de me foudroyer moi-même de mélodie ». Des choses arrivent qui n’ont qu’une existence poétique. Ce sont les seules qui comptent, parce qu’elles sont tournées vers leur propre secret : elles voguent lentement vers la justesse d’un baiser.

Yannick Haenel

a new year

Edwarda n° 6, Précision, photo de Sam Guelimi

The limits of control