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La petite danseuse de quatorze ans

Une oeuvre d’Edgar Degas

Aussi quand il exposa sa Petite danseuse de quatorze ans à la sixième exposition impressionniste, la critique ne s’y trompa pas . Le faciès du modèle correspondait aux descriptions que la science se faisait du type crânien « dégénéré », caractérisé par un angle facial aigu, la mâchoire prognathe, les pommettes proéminentes, le front absent – traits dans lesquels s’associaient, dans l’imagination populaire, l’ignorance et la bestialité des « classes dangereuses ».

Jean Clair, Hubris

Mauvais garçons

Marcel dans Belle de jour

– Il veut dérouter et blesser, écoeurer ceux mêmes qui le désirent, me dis-je si je pense à lui. En y rêvant avec plus de rigueur cette idée me trouble davantage – et d’elle je puis tirer le plus grand parti.

Jean Genet, Le journal du voleur

Et, tout à coup, il se met à parler, sans volubilité aucune, lentement, posément. Sa voix chaude, grave, d’alto féminin me stupéfie. Jamais encore je n’avais entendu un organe avec de tels prolongements, avec un tel fond, de telles coulisses sexuellement mélancoliques, soubresauts passionnés, registres profonds de bonheur. Cette voix me semblait émettre de la couleur tant elle était voluptueuse et enflée. Elle me prit.

Blaise Cendrars, Moravagine

Détail du rapt de Proserpine

Un marbre du Bernin

 

Odalisque

Une peinture d’Henri Matisse

Le harem du sultan renferme seulement trente-trois cadines ou dames, parmi lesquelles trois seulement sont considérées comme favorites. Le reste des femmes du sérail sont des odaleuk ou femmes de chambre. L’Europe donne donc un sens impropre au terme dodalisque.

Gérard de Nerval, Voyage en Orient

Anthropométrie

Un bleu d’Yves Klein

Répulsion

Catherine Deneuve dans un film de Roman Polanski

Le langage des fleurs

Une photographie de Karl Blossfeldt

La dame à la licorne

Je dis, au contraire : la délicatesse est le plus grand des aphrodisiaques.

Yannick Haenel

Ligne 3

Une photographie de Sam Guelimi

Entre les stations Saint-Maur et Parmentier, la fille s’appelle Elizabeth – il l’apprendra plus tard lorsqu’ils sortiront à l’air libre. Elle allumera une cigarette avec le briquet qu’il lui tendra. Et l’écrasera aussitôt nerveusement : jamais elle ne saura ce qu’elle voudra. Raison pour laquelle, ils vivront dans les semaines suivantes une relation des plus indécidables.

Arrêt Bourse, rien n’ira, moral au plus bas. Il remarquera à peine sa forme au milieu d’autres qui s’entasseront dans la rame. Peut-être la fourrure tachetée lui fera songer à la bestialité des transports en commun ; combien la promiscuité rend les semblables inhumains – certains en profitent pour se frotter. Puis elle disparaîtra sans qu’il s’en aperçoive.

Ils échangeront un premier regard, le second sera plus appuyé, et au troisième, ils se souriront. Ne pouvant se résoudre à ce que les choses en restent là – Opéra, ô maudite correspondance -, elle trouvera un morceau de papier et l’audace d’y coucher au rouge à lèvres son numéro de téléphone. Il l’appellera dans les minutes qui suivront pour l’inviter à dîner le soir même.

Wagram où elle monte et photographiera cette jeune fille habillée comme une Anglaise, à la dérobée. L’épinglera dans la mémoire de son téléphone parmi une multitude d’émerveillements, sous le nom de Shirley.

Un texte de Dominique Ristori

Jeune fille endormie

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Un tableau de Balthus