Chambre
—Une photographie de Laurent Askienazy
Renard- qui s’appelle aussi Aloïs, Axel et Lazare – est un esprit sauvage au sang doré, du beau sang de héros. Mais quelque chose agonise au dedans, d’enfermé, je l’entends. Ca enrage pour sortir, j’entends des pattes qui grattent, qui grattent. Des pattes rousses à gants noirs. Je sens la chlorophylle des arbres, mêlée de pollen, augmentée d’acier. Poussière. Cette chose qui remue veut rester à l’intérieur, mais il n’y a plus assez de place. Ca claque et feule, c’est en colère. J’entends cette chose qui s’éreinte, je sens son odeur, je la vois: débris d’or, fracturés, plomb en fusion, éclats, scories, geyser bouché de pierre ponce, cloque de soufre jetant des feux follets, stalagmites, friche, waste land, percé d’obus, troué d’ombrage par-ci, par-là, suffoquant d’ombre et de soleil.
Un texte de Georgina Tacou
Un tableau de Mark Rothko
Mon premier choc a été celui de naître. Le second, celui de découvrir l’existence de la mort. Parlons ici de chocs qui durent, d’arrêts sur image. L’amour n’est peut-être qu’une surprise, une collision périssable. Le troisième survint lorsqu’entrant dans une pièce au MoMa de New York, je me retrouvais face à une immense toile de Marc Rothko. Vissée au sol, souffle scindé, un coup de pagaie dans l’estomac. J’avais toujours été sourde et j’entendais soudain de la musique. Je n’avais été qu’os et de la chair poussait sur moi. La grande main d’une joie terrible m’a saisie par la nuque et secouée comme un chaton aveugle. Une joie sans raison, une joie furieuse et imbécile. Je ne voyais pas la toile, je l’entendais. Et cette ritournelle : Color that speaks, color that speaks. J’étais demeurée, dans tous les sens du terme, plantée là comme un clou qui n’a plus de raison d’être ailleurs qu’à l’endroit où l’a enfoncé un coup de marteau. La couleur de ce jour-là perdure dans mes veines, comme celle du premier cri, comme celle du dernier. Quelques années plus tard, j’ai lu une phrase dans « L’arrêt de mort » de Blanchot. Le narrateur est au chevet de son amie mourante. Elle divague. Soudain, elle se dresse sur son lit et semble suivre quelque chose des yeux en hauteur dans la pièce, et prononce ces mots étranges : « Rose par excellence. »
J’ai repensé au tableau de Rothko.
Un texte de Georgina Tacou
Une photographie de Raphaël Lugassy
Le chien des voisins, perdu sur la plage, en pleine nuit. Eveillés par ses jappements assourdis par le vent, par le cri du maître, à la crête des vagues. L’obscurité était totale, seul le son de la battue solitaire, des bourrasques enroulées, évidées, retressées. J’entendis ensemble le bruit soudain de l’obturateur et une dernière plainte de l’animal, sans doute emporté par une lame. L’image révélée par une très longue pause d’exposition fit apparaître un guet sans issue. La voix du maître aussi, s’était tue.
Un texte de Georgina Tacou

Une oeuvre de Cécilia Jauniau

Un tableau d’Odilon Redon

Une photographie de William Eggleston