Films

Trust me

Un film de Hal Hartley

Fassbinder, la mort en fanfare

La lecture de Berlin Alexanderplatz est la blessure de lycée qu’il chérira jusqu’à la fin, la blessure secrète où il s’enfouit pour effacer le monde. L’histoire de l’ancien cimentier et débardeur Franz Biberkopf, ex-assassin souteneur, le ravage de fond en comble, chaque lecture un peu plus, différemment, creuse de nouveaux sillons dans son dédale adolescent, le fouette d’affects inédits. Que cherche-t-il, que trouve-t-il dans le livre ? Franz Biberkopf est torpillé avec une crudité extrême, monstrueuse. C’est un combat en règle contre quelque chose qui vient du dehors, cette chose imprévisible qui ressemble à un destin. Haché menu, le gras maquereau un peu bête, un peu lent, mais surtout beaucoup trop bon, insupportablement gentil. Une première fois, vers 1960, le roman empêche l’adolescent Fassbinder de crever. La seconde, il s’aperçoit que sa vie entière est contenue dans le livre, goutte à goutte les lignes lui reversent dans la bouche sa souffrance et sa joie. Ce qu’il reconnaît, tapi en lui, tissu de tensions imprononçables, course sur la corde raide, c’est l’unité des trois personnages principaux : il est à la fois Franz Biberkopf, et son bourreau Reinhold, et Mieze, la petite assassinée de la forêt de Freienwalde. Franz a la parole de la mort dans la bouche et personne ne la lui arrachera, et il la fait tourner dans sa bouche, et c’est une pierre, une pierre de pierre, et aucune nourriture n’en jaillit. Nous voulons des livres, des films qui agissent sur nous comme des corps, mille fois mieux que des corps, comme des corps vivants qui nous font souffrir, des films qui soient comme la perte de quelqu’un qui serait plus que nous-mêmes (Mieze, oh Mieze). Nous voulons passionnément être massacrés, qu’un Reinhold nous jette d’une voiture lancée à pleine vitesse, qu’un Reinhold assassine notre seul amour. Voilà ce que nous réclamons à grand cri quand nous entrons dans une salle obscure : la fin du monde. Tout le temps. À chaque seconde. Partout.

Alban Lefranc

Ascenseur pour l’échafaud

Un film de Louis Malle

Ecrit sur du vent

 

A l’affiche, un Douglas Sirk, le maître du mélo flamboyant. Hésiter. Se laisser entraîner par le titre et l’enthousiasme d’une amie à laquelle on ne peut rien refuser.

[Un bonheur auquel personne ne croit plus]

Terrible d’être expulsé d’un monde où chaque réplique fait mouche, chaque plan sens. Comme de chuter après une heure quarante de vol dans l’Empyrée. S’écraser avec Robert Stack qui meurt une balle dans l’estomac, persuadé depuis toujours d’être un raté, s’imbibant d’alcool pour mieux y parvenir. Et Lucy, sa rédemption, de partir avec Mitch, le pire des frères d’adoption, parce que idéal aux yeux du père ; sa malédiction.

[Tant de travellings aujourd’hui ne mènent nulle part]

Un tourbillon, mais de maîtrise, à la manière baroque. Emporte feuilles et personnages au commencement, c’est-à-dire la fin de l’histoire – le film décrivant une boucle infernale.  Se rappeler une définition de l’art, ce qui reste une fois retranché le hasard. Se dire que cette définition pourrait s’appliquer au destin. La boucle est bouclée.

Marcher avec deux scènes dans la tête, qui s’entremêlent par la magie d’un montage rythmé en diable : la danse d’une fille perdue (Dorothy Malone), la mort d’un magnat foudroyé par la honte, son corps dévalant le grand escalier de la résidence palatiale. Elle lui succédera à la tête des pétroles Hadley. Devra se contenter du pouvoir, à défaut de posséder l’impossible, Mitch.

[Un homme qui aime les hommes et ne les méprise pas comme nous]

Un mélo ? Pas vraiment. Plutôt une tragédie freudienne au pays des derricks. Rarement vu un tel étalonnage de couleurs et de pulsions portées à l’écran.

Dominique Ristori

Le château de l’araignée

Un film de Kurosawa Akira

L’eau de chlore

http://youtu.be/scJX-BdEUM0

Une femme entre deux âges dans un café. Anxieuse, de beaux yeux bleus. Une femme qui a grandi pas très loin de la rue de Verneuil. Elle prendra un verre de vin. Le goût du chlore a envahi le monde, constate-t-elle, en ressent l’effet sur sa peau. Une femme si seule que tout pour elle devient menace. L’eau de la piscine, la ville, les autres. Quelque chose de Sue perdue : sa vie pourrait verser dans la marginalité. Celle des SDF qu’elle croise de plus en plus souvent dans la rue et dont elle prend soin. Une femme au sang bleu qui a reçu le baptême et se défend de blasphémer. Les anges aux ailes brûlées veillent sur elle. Du côté de Belleville, elle se souvient avoir vu des gamins jouant aux pieds d’un immense poster de Kate Moss qui leur faisait un clin d’œil. Sans aucun doute, elle est de leur côté, pas des bourgeois en tout cas. A la frontière de la noirceur, concède-t-elle. Une femme vouée au mariage, à enfanter mais qui a fini par devenir artiste. Encore que prudemment, elle récite ses textes plus qu’elle ne les chante. Cela viendra.

Caroline-Christa Bernard par Dominique Ristori

Cherry blossoms

Crash

Un film de David Cronenberg

1965

http://youtu.be/NV8X7Dvn9Co

Hong Kong

Le dandy et son double